Les fonds de pension arbitrent des sommes considérables et leurs choix pèsent sur les entreprises comme sur les infrastructures. Face au changement climatique, la question n’est plus seulement de financer des projets verts, mais aussi de mesurer les risques climatiques associés aux placements existants.
Les positions prises vont de l’investissement responsable à l’engagement actionnarial, parfois jusqu’au désinvestissement des énergies fossiles. Les exemples de CalPERS, de l’ERAFP et des fonds danois montrent différentes voies, dont les priorités ressortent clairement lorsqu’on les compare.
A retenir :
- Allocation climatique progressive et objectifs d’investissement mesurables
- Analyse des risques climatiques dans l’ensemble du portefeuille
- Engagement actionnarial et gouvernance climatique renforcés
- Équilibre entre rendement, impact et protection des retraites
Fonds de pension et investissement climatique
Ces priorités se traduisent d’abord dans la composition des portefeuilles : chaque allocation doit concilier rendement attendu, liquidité et exposition aux risques climatiques. Pour les gestionnaires, financer la transition énergétique ne signifie donc pas simplement remplacer une ligne d’actifs par une autre.
Les objectifs de CalPERS
Dans les données communiquées, CalPERS prévoit d’accroître ses placements liés au climat, en combinant infrastructures, actifs non cotés et investissements cotés. Selon ces éléments, le portefeuille climatique atteignait environ 60 milliards de dollars en 2024, avec un objectif de 100 milliards d’ici 2030.
Les mêmes données indiquent une progression visée pour les infrastructures et investissements non cotés, de 9 à 15 milliards vers une fourchette de 20 à 25 milliards. Les montants relatifs aux actions cotées et aux indices climatiques sont également présentés comme des objectifs de portefeuille, et non comme des résultats déjà atteints.
Le tableau distingue ces catégories pour éviter de confondre allocations observées et cibles annoncées. Les chiffres doivent être lus comme les éléments de stratégie fournis, plutôt que comme un bilan financier audité.
| Catégorie | Montant indiqué en 2024 | Objectif annoncé | Orientation |
|---|---|---|---|
| Investissements climatiques | Environ 60 milliards de dollars | 100 milliards de dollars d’ici 2030 | Énergie propre et efficacité énergétique |
| Infrastructures et actifs non cotés | 9 à 15 milliards de dollars | 20 à 25 milliards de dollars | Co-investissements et partenariats |
| Indices et actions cotées climatiques | 2 à 5 milliards de dollars | 15 milliards de dollars | Indices responsables et sélection d’actifs |
| Engagement actionnarial | Activité décrite comme accrue | Renforcement du dialogue | Votes et échanges avec les entreprises |
Cette stratégie associe financement direct et influence sur les sociétés détenues en portefeuille. L’enjeu suivant consiste à vérifier si les objectifs annoncés produisent des changements mesurables dans l’économie réelle.
Des outils pour orienter les capitaux
Les obligations vertes affectent les fonds levés à des projets identifiés, comme les énergies renouvelables ou la rénovation énergétique. Selon les données fournies, le marché mondial a dépassé 500 milliards de dollars d’émissions en 2023 ; ce chiffre décrit une année passée, pas le volume actuel.
Les critères ESG complètent ces instruments en examinant les dimensions environnementales, sociales et de gouvernance. Ils aident à comparer des projets, mais ne garantissent pas à eux seuls qu’un investissement réduira effectivement les émissions ou préservera la biodiversité.
Pour un fonds, la due diligence porte donc sur l’usage des capitaux, les indicateurs publiés et leur contrôle indépendant. Ce travail de vérification prépare l’examen des engagements pris par les investisseurs envers les entreprises.
Repères des investissements climatiques :
- Obligations vertes finançant des projets à usage défini
- Prêts verts assortis de critères environnementaux vérifiables
- Fonds dédiés aux infrastructures et technologies propres
- Indicateurs de suivi sur émissions et résultats environnementaux
Engagement actionnarial et gouvernance climatique
Une allocation plus verte ne suffit pas lorsque le fonds conserve des participations dans des entreprises fortement émettrices. L’engagement actionnarial permet alors de demander des objectifs crédibles, des données transparentes et une stratégie de décarbonation compatible avec les activités de l’entreprise.
Dialogue, votes et désinvestissement
Le dialogue avec les directions peut porter sur les investissements, les émissions et la gouvernance climatique. Selon les éléments transmis sur CalPERS, le fonds prévoit d’utiliser davantage les échanges avec les entreprises et les votes pour influer sur leurs pratiques.
Cette démarche ne remplace pas nécessairement le désinvestissement des énergies fossiles. Un fonds peut conserver temporairement certains titres afin de peser sur la stratégie d’une société, mais cette position perd sa justification si les demandes restent sans réponse ou si les risques financiers augmentent.
Pour les bénéficiaires, la clarté des règles compte autant que le choix retenu : les décisions doivent être expliquées et suivies dans le temps. C’est ce cadre qui permet de distinguer une politique d’engagement réelle d’une simple déclaration d’intention.
Critères de suivi des entreprises :
- Objectifs climatiques assortis d’échéances explicites
- Publication régulière des émissions et de leur périmètre
- Votes cohérents avec les engagements annoncés
- Réexamen des participations sans progrès démontrable
Selon l’ERAFP, le régime public français de retraite additionnelle des fonctionnaires s’est fixé des objectifs climatiques pour 2025 et vise la neutralité carbone de son portefeuille à l’horizon 2050. Cet exemple illustre l’importance d’une trajectoire datée, même si la neutralité d’un portefeuille dépend aussi de méthodes de calcul et de périmètres clairement définis.
La pression ne vient pas uniquement des bénéficiaires : les évolutions réglementaires et les attentes des entreprises modifient aussi le cadre de décision. Le prochain enjeu est donc de mesurer ce que les stratégies produisent, sans confondre annonces et résultats.
Transparence et responsabilité
Une gouvernance climatique robuste prévoit des responsables identifiés, des indicateurs comparables et des comptes rendus accessibles. Sans ces éléments, les adhérents peinent à savoir si leur épargne contribue à réduire l’exposition du portefeuille ou soutient simplement des objectifs généraux.
Les gestionnaires peuvent aussi intégrer des scénarios climatiques dans l’évaluation des actifs. Ils examinent alors comment des politiques énergétiques, des événements physiques ou des changements technologiques pourraient affecter les revenus et la valeur des placements.
La transparence n’élimine pas l’incertitude, mais elle rend les arbitrages plus compréhensibles. Cette discipline devient particulièrement utile lorsque les stratégies passent des objectifs institutionnels à des résultats observables.
Risques climatiques et résultats observés
La transparence prend tout son sens lorsque les fonds confrontent leurs objectifs aux risques physiques et financiers. Sécheresses, inondations et évolution des politiques énergétiques peuvent affecter les entreprises et les actifs détenus, tandis que la transition énergétique crée aussi de nouveaux débouchés.
Des trajectoires nationales distinctes
Les positions des fonds varient selon leur mandat, leur horizon de placement et leur capacité à financer des projets de long terme. Selon les données transmises sur les fonds danois, leurs investissements en faveur de la transition auraient atteint 478 milliards, cinq ans avant l’échéance prévue ; la devise et le périmètre ne sont pas précisés dans ces éléments.
Selon une étude de Sphere publiée en mars 2025, plus de 75 milliards d’euros issus des retraites européennes resteraient investis dans l’industrie fossile. Ce montant souligne l’écart possible entre les engagements climatiques affichés et la composition effective des portefeuilles.
Ces exemples ne sont pas directement comparables : ils renvoient à des pays, des dates et des catégories d’actifs différents. Ils montrent néanmoins pourquoi les fonds doivent publier leurs méthodes et préciser ce qu’ils comptabilisent comme investissement de transition.
| Position documentée | Indication rapportée | Enjeu de lecture |
|---|---|---|
| Fonds danois | 478 milliards investis, devise non précisée | Périmètre et année de référence à clarifier |
| Retraites européennes | Plus de 75 milliards d’euros dans les énergies fossiles | Étude Sphere publiée en mars 2025 |
| ERAFP | Objectifs climatiques pour 2025 | Suivi des engagements et des résultats |
| ERAFP | Neutralité carbone visée à l’horizon 2050 | Méthode et périmètre du portefeuille déterminants |
Ces écarts invitent à examiner les risques sans réduire le débat à une opposition entre rendement et climat. Les outils de gestion du portefeuille déterminent ensuite la manière de répondre à ces expositions.
Rendement, diversification et contrôle
Les actifs liés aux infrastructures énergétiques peuvent offrir des revenus de long terme, mais leur valeur dépend des coûts, des technologies et des règles publiques. Les fonds doivent donc comparer ces placements à leurs obligations de liquidité et à la protection des pensions promises.
Selon les éléments consacrés à CalPERS, la diversification, les partenariats et le co-investissement font partie des leviers envisagés pour répartir les risques. Cette approche ne garantit pas une surperformance : elle vise plutôt à éviter qu’une seule technologie, entreprise ou hypothèse de marché domine la stratégie.
Les bénéficiaires peuvent suivre quelques signaux concrets dans les rapports de leur régime :
- Part des actifs alignés sur une trajectoire climatique explicitée
- Émissions couvertes et méthode de calcul employée
- Résultats des votes et dialogues actionnariaux
- Mesures correctives lorsque les objectifs ne sont pas atteints
Lorsque ces indicateurs sont publiés régulièrement, les adhérents peuvent mieux comprendre les choix opérés et leurs limites. La crédibilité d’une position climatique repose ainsi sur des objectifs suivis, des risques assumés et une information vérifiable.
Source : étude Sphere sur les investissements des retraites européennes, publiée en mars 2025 ; éléments communiqués sur CalPERS et l’ERAFP ; données communiquées sur les fonds de pension danois.